Relations affectives et sexuelles des ados

lundi 22 juillet 2013
par  SDAEP33
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Sœur Véronique Margron, dominicaine, théologienne moraliste et doyenne de la faculté de théologie d’Angers aborde, sans détour, les difficultés ou questions posées par notre société dans une perspective de construction de soi, de croissance et de bonheur. Et tente ici de nous réconcilier avec la théologie morale...

« Chaque fois qu’il refuse pour lui-même et pour les autres l’appartenance à la dimension de l’esprit, l’homme se condamne à réintroduire l’inhumain dans son histoire (…). L’aventure de toute l’existence consiste à donner à la dimension corporelle la dimension du sens, à la maintenir dans cette ouverture par laquelle elle se comprend comme humaine précisément » (F. Chirpaz). La sexualité est devenue, ces dernières années post-conciliaires, le lieu des positions et oppositions catholiques. Depuis l’encyclique Humanae vitae sur le contrôle des naissances (1968), les papes ont multiplié les directives à propos de questions de famille, de vie affective, sexuelle. Cela pour manifester que la vie chrétienne concerne le tout de l’existence et tout en celle-ci, alors même que la majorité des fidèles suivaient bien peu l’Eglise sur ce terrain et que d’autre part, près de 70 % des femmes catholiques pratiquent des formes « illicites » de contrôle des naissances. Paysage donc fort contrasté, avec de grandes difficultés de communication. Et les derniers événements concernant la pédophilie de prêtres, à travers le monde et protégés durant des décennies par la hiérarchie, ne viennent pas faciliter notre dialogue. La revendication de nos sociétés manifeste clairement le « découplage ». Autrement dit, une chose est la relation sexuelle, autre chose, éventuellement, est l’amour. Une chose est l’épanouissement sexuel d’un couple, autre chose son désir d’enfant(s). Et nous pourrionspoursuivre. Ainsi là où l’Eglise préconise de l’unité, l’individu « moderne » annonce, lui, de la dissociation et de la multiplicité. Avec une forme de banalisation - au moins pour le discours - de la vie sexuelle comme de la vie amoureuse. Comment alors penser et tenir ce dialogue nécessaire au nom de ce que nous croyons de la foi ?Comment le tenir au nom d’un sens de l’homme lui même ? Et du lent consentement à soi-même pour espérer construire une existence la plus authentique et libre possible ? L’homme doit-il être livré à lui même pour une charge d’une telle importance ou peut-il espérer - et désirer - s’appuyer sur plus que lui-même ? Notre interrogation majeure serait la suivante : comment l’expérience chrétienne peut-elle participer à l’élaboration de ces questions quotidiennes et cardinales ? Ce corps restauré, ce corps confirmé Si l’Eglise catholique pense la sexualité humaine et en propose un sens, c’est pour deux raisons essentielles. La première, l’incarnation : croire en un Dieu fait homme jusque sur la Croix. Le mystère chrétien manifeste la pertinence du corps. Dieu prit corps, chair vivante autant que fragile. Un corps marqué de part en part par son caractère sexué c’est-à-dire séparé. Dieu le fit non pour faire l’éloge de cette séparation, mais pour que les hommes puissent librement se lier, se donner, s’entremêler. C’est avec son corps que Jésus rencontre le monde, fait advenir sa parole auprès d’hommes et de femmes aux corps souvent défaits par la maladie ou le péché. Et le Christ restaure ces corps, lieu de l’estime de soi comme de la rencontre de l’autre. La seconde raison est la résurrection de la chair. Cela confirme l’importance de la chair et proclame la victoire de la chair, mais pas n’importe laquelle : la chair du don. Un double mouvement s’opère ainsi. Un premier mouvement de relativisation : votre vie ici n’est pas le tout de la vie, elle n’en est que l’ébauche ; elle passe par la figure de ce monde (1 Co 7, 31). On peut percevoir donc ici le provisoire de la chair. La chair sera de toute façon transformée, le Christ étant le signe de cette transformation. De fait, la chair n’est pas le lieu d’un narcissisme ni même d’un amour de soi, mais d’un dépassement, d’une générosité. Vient conjointement à ce premier mouvement, celui de la confirmation : ce corps de chair est aussi confirmé. C’est cette vie-ci qui recevra un nouveau statut. Celui d’une implication dans le monde : c’est arce que je suis engagé en ce temps, que le don fait signe, signe de la résurrection de la chair. Ces signes portent une dimension trans-historique : en assumant l’histoire de la chair, le chrétien participe à l’oeuvre du Père qui dévoile son Royaume. Quelle interprétation faut-il envisager de ce que dit l’Eglise ? Elle nous invite tout d’abord à « quitter le dieu du serpent », à quitter cette idée de la sexualité comme « un soupçon, comme une faute, une salissure  ». La théologie morale a pour première tâche d’être à l’écoute la Bible afin d’en percevoir avec patience, sans souci de tirer de ces textes des « messages » moraux, la poétique profonde de l’existence qu’elle suscite. La Bible n’a pas pour but de dire ce qu’est la sexualité humaine. Elle proclame un message de Salut. En revanche, dans la façon dont les histoires sont racontées ? se dévoile un art d’aimer, une orientation, une intention, une signification, un goût, des violences aussi  : « Aime ton autre : voilà la leçon des Commandements. Autrui unique, autrui séparé : l’écart est aussi essentiel que le lien, la différence aussi importante que la proximité  ». « La Parole raconte, nous voudrions raconter la Parole ». Il s’agit là d’enraciner dans la chair et le désir, l’entrée en parole comme première familiarité avec le Verbe, accomplir et ainsi mettre en évidence le lien de la parole à la chair. Dieu est à proximité, dans les histoires habituelles ; Dieu qui « n’a de dégoût pour rien de ce qu’(il) a fait » (Sg 11, 24). Jésus se coule dans l’humanité, vient habiter la vérité de l’homme. Il vit lui-même, avec tous ceux qu’il rencontre, les grandes expériences de l’homme, il redit les paroles toujours dites. Il veut remettre cette réalité charnelle de l’homme en union avec Dieu dont l’homme s’est éloigné. La Tradition : une école du cœur Naître, grandir, marcher, travailler, aimer, souffrir, mourir  : voilà ce qu’il vit comme nous. « Voici l’homme » (Jn 19, 5). Les textes des Ecritures sont accomplis quand j’y reconnais ma propre histoire, quand je vis. La Bible apprend à passer la réalité au scanner. Il n’existe aucune histoire, aucune situation qui ne puisse y être soumise. Voilà un des moyens que la Bible met en oeuvre pour faire échapper son lecteur à la fascination du serpent (Gn 3). Le serpent nous a fait croire que nous connaissions, grâce à lui, le bien et le mal, que nous pouvions nous débrouiller tout seul dans la vie. Cet « antique serpent », le satan, est l’être des solutions immédiates, qui court-circuitent le recours à un autre. Il est bien le diabolos, celui qui a tenté de nous séparer de la Source. L’urgence des faits, la pression de notre propre vie, la complexité des événements, en sont des démentis formels. Arrive un moment où nous ne savons plus, où nous n’en pouvons plus. Et les prestiges du menteur, qui nous a assuré que nous tenions tout en main, se dissipent enfin. Ce menteur prend à toutes époques des figures différentes, et se glisse dans des personnages. Les revendications contemporaines de la toute puissance du sujet en font partie. Aussi, sommes-nous prêts à écouter ce que les récits bibliques racontent, puis, à leur suite, la tradition de l’Eglise ? Tradition qui est aussi une école du cœur, une formation de nos dispositions éthiques fondamentales : amour, pardon, humilité, courage, etc. La Bible et la tradition ecclésiale ne disent rien directement sur la question de l’homoparentalité. Mais elle nous soutien, nous oriente, nous donne la force d’examiner nos existences, lieu où peut être lue la présence mystérieuse et discrète de Dieu. Car vivre ne suffit pas pour acquérir de l’expérience, faut-il encore examiner sa vie comme le souhaitait Socrate, et faut-il encore apprendre à apprendre de l’expérience vécue. L’expérience seule, même celle qui est confrontée à la Parole de Dieu, ne suffit pas non plus à l’élaboration du jugement moral, qui doit prendre en compte la raison critique et passer au crible des normes morales, objectives proposées par l’Eglise. Une finalité : aimer sans crainte Si c’est souvent, dans notre histoire, le lieu d’incompréhensions, c’est aussi pour la communauté celui d’une chance véritable, celle d’une altérité libre des préjugés et des modes. Et sa finalité n’est autre que la vie bonne, pour tout homme de bonne volonté, et à la suite du Christ pour qui professe son nom. Une finalité apparaît alors : aimer sans crainte. Je n’ai pas à craindre de l’autre, à avoir peur de son désir et je ne lui inflige pas cette peur. Car l’amour est humble amour, et l’art d’aimer s’inscrit au sein des douleurs d’aimer. Aussi faut-il « quitter pour trou-ver » : ce geste pascal par excellence s’initié déjà dans ce consentement à l’autre, comme étant celui qui me ressemble et qui demeure autre. Dans ce mouvement, où la parole est requise pour quitter la violence, on ne sait avec certitude ce que l’on trouvera. Mais la promesse n’est possible que dans ce déplacement. N’est-ce pas déjà l’histoire de la Terre Promise ? Les Hébreux ont cru la Parole, mais ils ne savaient ni quand ils arriveraient ni quelle géographie était la sienne. Le geste de quitter engage aussi vers de l’inconnu. Mais pour que le voyage soit possible, celui de nos vies, encore faut-il que la sûreté soit là. Dans la tradition biblique, le Dieu de l’Alliance lie sexualité et bénédiction - et non malédiction comme nous persistons parfois à le croire. La sexualité est créatrice, mais elle ne l’est pleinement que lorsqu’elle accepte d’être précédée par la Parole créatrice de Dieu et ordonnée, dans une parole engagée dans la vérité, à ce grand combat de toute la Bible contre l’idolâtrie. Alors l’humain, femme et homme, advient-il dans ce statut promis par Dieu : vivre en Alliance avec Lui, et en humanité. La sexualité est donnée à l’homme comme médiation de son humanisation. Elle est d’abord de l’ordre de la relation et non simplement biologique. L’homme et la femme qui s’unissent signifient ainsi une rencontre unique, où par la sexualité quelque chose de la profondeur ultime de la vie humaine, telle que Dieu l’appelle à être, se révèle. La sexualité est une promesse de relation authentique, dans la mesure même où les deux partenaires se reconnaissent indispensables l’un à l’autre dans une différence irréductible. La sexualité est conséquence et possibilité d’un arrachement au statut infantile. C’est pourquoi cet élan de l’un vers l’autre, qui permet le pas-sage à l’état d’adulte, implique une rupture avec la situation infantile précédente. L’homme et la femme doivent quitter la sécurité du milieu familial pour reconstruire à leurs risques et périls une nouvelle réalité sociale et familiale. Entre excès de similitude et excès d’altérité Abordons enfin la question des homo-sexualités. On connaît les changements de mentalités de nos sociétés. Elles sont dans doute ambivalentes. D’une part, elles banalisent l’homo-sexualité comme une orientation sexuelle normale, banale. D’autre part, nombre de personnes, de parents surtout, continuent à la vivre comme un drame et une souffrance. Qu’est-ce que la tradition chrétienne vient ici proposer, en quelques mots ? L’existence humaine n’est possible que sous l’effet d’une double protection : une protection contre l’excès de similitude qui renvoie à l’indifférencié de l’origine et une protection contre l’excès d’altérité qui ne permet plus de situer sa propre identité et qui renvoie à l’inconnu de l’inexistence ou de la mort. Ainsi est a-normative toute conduite sexuée ou sexuelle qui est bâtie sur un mouvement de dénégation de la différenciation. S’interroger ainsi n’est pas vouloir interdire ou nier ce qui de toute manière existe. « C’est poser la question : qu’en est-il, dans ce vécu de la reconnaissance symbolique et réelle de l’autre sexe, et dans quelle mesure les risques qu’il recèle d’une fascination narcissique pour le même ne sont-ils pas liés, de manière structurelle et fondamentale - pas seulement au gré des profils psychologiques particuliers - à une dénégation de principe de cette différenciation. » Autrement dit la réflexion chrétienne ne condamne pas l’homosexualité comme telle, ce qui serait injuste puisque le sujet n’est pas responsable d’une orientation qui s’est constituée en très grande partie dans la petite enfance. En revanche, nous sommes tous responsables de nos actes, de notre manière - éthique ou non - de vivre notre sexualité, de l’orienter vers le respect d’autrui et de nous-mêmes. Là est donc l’enjeu, pour chacun. Vivre avec justesse ce qu’il est, entendre comment la chasteté - comme bonne présence et bonne distance - vient imprimer la vie affective, le désir sexuel, la volonté de fécondité d’un amour. Concluons alors simplement ce modeste propos : seul l’amour préserve des écueils de l’amour. L’amour peut permettre de vivre avec les blessures de l’amour. Le mal d’aimer n’est viable qu’à force d’aimer davantage. Et de tenter de mieux aimer. Ici la méditation des Ecritures et de la figure du Christ, n’apporte aucune recette, mais est la source même de ce désir et de cette volonté. Dans Initiales n° 220 septembre

C’est ce sujet « Relations affectives et sexuelles des ados » que nous aborderons à la Session de rentrée Samedi 23 Novembre de 9h30 à 16h00 au Centre Nazareth.


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